Comprendre

Le virus Ebola Bundibugyo

Toutes les épidémies d'Ebola ne se ressemblent pas. Celle qui touche la RDC depuis 2026 est due à l'espèce Bundibugyo, plus rare que l'espèce Zaïre — une différence qui change tout en matière de vaccins et de traitements disponibles.

épidémie connue due à cette espèce
3ᵉ
létalité historique de l'espèce
25–50 %
durée d'incubation
2–21 j
vaccin homologué contre elle
0

Une espèce rarement rencontrée

Le genre Orthoebolavirus compte six espèces, dont quatre pathogènes pour l'être humain. L'immense majorité des épidémies documentées — dont celle de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest et celle de 2018-2020 dans le Nord-Kivu — sont dues à l'espèce Zaïre, de loin la plus étudiée.

L'espèce Bundibugyo doit son nom au district ougandais où elle a été identifiée pour la première fois en 2007. Elle n'avait été impliquée que dans deux épidémies avant celle-ci : l'Ouganda en 2007, puis la province Orientale de la RDC en 2012. C'est ce faible historique qui explique l'absence de vaccin homologué contre elle, et pourquoi la riposte s'appuie sur les soins de support et sur des produits évalués en essai clinique.

Transmission

  • Contact direct avec le sang, les sécrétions ou les organes d'un animal ou d'une personne infectée, vivante ou décédée
  • Rites funéraires à risque et transmission en milieu de soins sans protection adaptée
  • Aucune transmission par voie aérienne

Durée d'incubation

2 jours 8 à 10 jours en moyenne 21 jours

Une personne infectée n'est pas contagieuse tant qu'elle n'a pas de symptômes. C'est ce qui rend le suivi des contacts efficace : on isole avant que la transmission ne devienne possible.

Évolution de la maladie

Phase précoce

Fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête, mal de gorge — des signes non spécifiques, facilement confondus avec le paludisme ou la typhoïde.

Phase avancée

Vomissements, diarrhées, éruption cutanée, atteintes rénale et hépatique, et parfois hémorragies. Diagnostic confirmé par test RT-PCR sur prélèvement sanguin.

Traitements & vaccins : une différence clé selon l'espèce

Les seuls traitements et le seul vaccin homologués contre Ebola ciblent l'espèce Zaïre — pas l'espèce Bundibugyo, en cause dans cette épidémie.

Ce que change l'espèce en cause
Ce que change l'espèce en cause Bundibugyo l'espèce de cette épidémie Zaïre l'espèce la plus étudiée
Épidémies connues 3 la majorité des épidémies documentées
Létalité historique 25 à 50 % jusqu'à 90 %
Vaccin homologué aucun Ervebo (rVSV-ZEBOV)
Traitements homologués aucun Inmazeb, Ebanga (anticorps monoclonaux)

Le 31 août 2026, l'OMS a précisé l'usage d'Ervebo, le vaccin homologué contre l'espèce Zaïre, face au virus Bundibugyo : efficacité inconnue contre cette espèce, emploi réservé à un cadre de recherche, en priorité pour les soignants et le personnel de première ligne. Les bulletins de l'INSP rapportent depuis début septembre des vaccinations de ce personnel.

Pendant cette épidémie, plusieurs candidats sont évalués en essai clinique contre l'espèce Bundibugyo — dont l'anticorps à large spectre MBP134, l'antiviral remdesivir et l'obeldesivir en prophylaxie post-exposition — sous la coordination de l'OMS. En l'absence de traitement ciblé homologué, les soins de support intensifs (réhydratation, oxygénation, surveillance) restent le socle de la prise en charge et améliorent significativement les chances de survie.

Qui la maladie touche, qui elle tue

Les cas ne se répartissent pas comme les décès. Comparer les deux montre quelles tranches d'âge meurent plus souvent qu'elles ne tombent malades.

0–4 ans
10,0 % Part des cas : 345
19,0 % Part des décès : 213
5–17 ans
13,2 % Part des cas : 455
12,8 % Part des décès : 144
18–29 ans
26,5 % Part des cas : 917
24,8 % Part des décès : 279
30–49 ans
35,2 % Part des cas : 1 217
27,2 % Part des décès : 306
50 et plus
15,1 % Part des cas : 520
16,2 % Part des décès : 182

Femmes et hommes

Cas
52,9 % Femmes, 1 828 47,1 % Hommes, 1 626
Décès
49,6 % Femmes, 557 50,4 % Hommes, 567
Situation au 5 août 2026. Répartition établie sur les 3 454 cas et 1 124 décès dont l'âge et le sexe sont renseignés, soit 85,2 % des cas et 60,8 % des décès à cette date. Les décès survenus en communauté, souvent sans identification, y sont sous-représentés. L'INSP a cessé de publier cette répartition après le 5 août 2026.

Le virus lu dans son génome

Séquencer le génome du virus prélevé chez les malades permet de confirmer l'espèce, de dater le début réel de l'épidémie et de mesurer sa vitesse. Les laboratoires de l'INRB, à Bunia et à Kinshasa, déposent ces séquences dans la base publique Pathoplexus : c'est ce dépôt qui est compté ici.

731
génomes séquencés en RDC depuis mai 2026
22
zones de santé d'où viennent les prélèvements
57,6 %
des génomes viennent de Bunia et de Rwampara

Génomes par mois de prélèvement

114
mai
254
juin
323
juil.
39
août

Génomes par zone de santé du prélèvement

Bunia Ituri
240
Rwampara Ituri
181
Nizi Ituri
81
Mongbwalu Ituri
59
Lita Ituri
46
Mangala Ituri
31
Bambu Ituri
19
Nia-Nia Ituri
10
Tchomia Ituri
10
Komanda Ituri
6
Nyankunde Ituri
6
Drodro Ituri
4

et 10 autres zones, de 1 à 4 génomes chacune

10 prélèvements localisés à un lieu qui n'est pas une zone de santé, et 2 sans lieu

Comptes agrégés lus dans Pathoplexus le 4 sept. 2026, séquences déposées par le laboratoire de génomique des pathogènes de l'INRB, prélèvements datés de 2026 en RDC ; 20 autres génomes de 2026 ont été prélevés en Ouganda. 64 séquences sont sous conditions d'usage ouvertes et 690 sous conditions restreintes, qui autorisent un compte mais réservent aux déposants la première analyse publiée. Le nombre de génomes suit la capacité de séquençage, pas le nombre de cas : une zone peu séquencée n'est pas une zone peu touchée, et le dernier mois est encore en cours de dépôt.

Ce que ces génomes ont appris

Séquencer ne sert pas seulement à confirmer l'espèce. En comparant les génomes entre eux, on remonte à leur ancêtre commun, on date le début réel de la transmission et on mesure la vitesse à laquelle l'épidémie s'est étendue.

Trois résultats ressortent des analyses publiées par l'INRB et ses partenaires. Le virus de 2026 n'est issu ni de l'épidémie de 2007 en Ouganda ni de celle de 2012 à Isiro : c'est un passage récent depuis le réservoir animal. L'ancêtre commun des génomes séquencés remonte à la fin de février 2026, soit près de trois mois avant la déclaration officielle du 15 mai : le virus circulait sans être vu. Et l'épidémie doublait de taille tous les 21 jours environ, avec une croissance qui s'accélère de mars à juin puis s'infléchit ensuite.

En revanche, ces génomes ne disent pas quelle zone a contaminé quelle autre. Le virus mute lentement au regard de la vitesse à laquelle il se déplace : d'une zone à l'autre, les échantillons se ressemblent trop pour qu'on puisse reconstituer les chaînes de transmission. Les auteurs mettent explicitement en garde contre cette lecture.

D'après les analyses de l'INRB, de l'INSP et de leurs partenaires publiées sur virological.org les 9 juillet et 25 août 2026, et une réplication indépendante par l'Imperial College de Londres. Elles portent sur 626 génomes prélevés entre le 2 mai et le 9 août dans 21 zones de santé de l'Ituri et une du Nord-Kivu. Les intervalles d'incertitude sont larges : l'ancêtre commun est situé entre la mi-janvier et la fin mars, le temps de doublement entre 15 et 41 jours.

Pour aller plus loin