Le virus Ebola Bundibugyo
Toutes les épidémies d'Ebola ne se ressemblent pas. Celle qui touche la RDC depuis 2026 est due à l'espèce Bundibugyo, plus rare que l'espèce Zaïre — une différence qui change tout en matière de vaccins et de traitements disponibles.
Une espèce rarement rencontrée
Le genre Orthoebolavirus compte six espèces, dont quatre pathogènes pour l'être humain. L'immense majorité des épidémies documentées — dont celle de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest et celle de 2018-2020 dans le Nord-Kivu — sont dues à l'espèce Zaïre, de loin la plus étudiée.
L'espèce Bundibugyo doit son nom au district ougandais où elle a été identifiée pour la première fois en 2007. Elle n'avait été impliquée que dans deux épidémies avant celle-ci : l'Ouganda en 2007, puis la province Orientale de la RDC en 2012. C'est ce faible historique qui explique l'absence de vaccin homologué contre elle, et pourquoi la riposte s'appuie sur les soins de support et sur des produits évalués en essai clinique.
Transmission
- Contact direct avec le sang, les sécrétions ou les organes d'un animal ou d'une personne infectée, vivante ou décédée
- Rites funéraires à risque et transmission en milieu de soins sans protection adaptée
- Aucune transmission par voie aérienne
Durée d'incubation
Une personne infectée n'est pas contagieuse tant qu'elle n'a pas de symptômes. C'est ce qui rend le suivi des contacts efficace : on isole avant que la transmission ne devienne possible.
Évolution de la maladie
Fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête, mal de gorge — des signes non spécifiques, facilement confondus avec le paludisme ou la typhoïde.
Vomissements, diarrhées, éruption cutanée, atteintes rénale et hépatique, et parfois hémorragies. Diagnostic confirmé par test RT-PCR sur prélèvement sanguin.
Traitements & vaccins : une différence clé selon l'espèce
Les seuls traitements et le seul vaccin homologués contre Ebola ciblent l'espèce Zaïre — pas l'espèce Bundibugyo, en cause dans cette épidémie.
| Ce que change l'espèce en cause | Bundibugyo l'espèce de cette épidémie | Zaïre l'espèce la plus étudiée |
|---|---|---|
| Épidémies connues | 3 | la majorité des épidémies documentées |
| Létalité historique | 25 à 50 % | jusqu'à 90 % |
| Vaccin homologué | aucun | Ervebo (rVSV-ZEBOV) |
| Traitements homologués | aucun | Inmazeb, Ebanga (anticorps monoclonaux) |
Le 31 août 2026, l'OMS a précisé l'usage d'Ervebo, le vaccin homologué contre l'espèce Zaïre, face au virus Bundibugyo : efficacité inconnue contre cette espèce, emploi réservé à un cadre de recherche, en priorité pour les soignants et le personnel de première ligne. Les bulletins de l'INSP rapportent depuis début septembre des vaccinations de ce personnel.
Pendant cette épidémie, plusieurs candidats sont évalués en essai clinique contre l'espèce Bundibugyo — dont l'anticorps à large spectre MBP134, l'antiviral remdesivir et l'obeldesivir en prophylaxie post-exposition — sous la coordination de l'OMS. En l'absence de traitement ciblé homologué, les soins de support intensifs (réhydratation, oxygénation, surveillance) restent le socle de la prise en charge et améliorent significativement les chances de survie.
Qui la maladie touche, qui elle tue
Les cas ne se répartissent pas comme les décès. Comparer les deux montre quelles tranches d'âge meurent plus souvent qu'elles ne tombent malades.
Femmes et hommes
Le virus lu dans son génome
Séquencer le génome du virus prélevé chez les malades permet de confirmer l'espèce, de dater le début réel de l'épidémie et de mesurer sa vitesse. Les laboratoires de l'INRB, à Bunia et à Kinshasa, déposent ces séquences dans la base publique Pathoplexus : c'est ce dépôt qui est compté ici.
Génomes par mois de prélèvement
Génomes par zone de santé du prélèvement
et 10 autres zones, de 1 à 4 génomes chacune
10 prélèvements localisés à un lieu qui n'est pas une zone de santé, et 2 sans lieu
Ce que ces génomes ont appris
Séquencer ne sert pas seulement à confirmer l'espèce. En comparant les génomes entre eux, on remonte à leur ancêtre commun, on date le début réel de la transmission et on mesure la vitesse à laquelle l'épidémie s'est étendue.
Trois résultats ressortent des analyses publiées par l'INRB et ses partenaires. Le virus de 2026 n'est issu ni de l'épidémie de 2007 en Ouganda ni de celle de 2012 à Isiro : c'est un passage récent depuis le réservoir animal. L'ancêtre commun des génomes séquencés remonte à la fin de février 2026, soit près de trois mois avant la déclaration officielle du 15 mai : le virus circulait sans être vu. Et l'épidémie doublait de taille tous les 21 jours environ, avec une croissance qui s'accélère de mars à juin puis s'infléchit ensuite.
En revanche, ces génomes ne disent pas quelle zone a contaminé quelle autre. Le virus mute lentement au regard de la vitesse à laquelle il se déplace : d'une zone à l'autre, les échantillons se ressemblent trop pour qu'on puisse reconstituer les chaînes de transmission. Les auteurs mettent explicitement en garde contre cette lecture.
Pour aller plus loin
- Riposte & défis →Ce que l'on fait sans vaccin : alertes, tests, suivi des contacts, centres de traitement.
- Questions fréquentes →Transmission, traitements, et ce que veulent dire les chiffres du site.